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Laïcité

Laïcité

Inscrite dans la constitution et profondément associée au moment tumultueux de la naissance de notre République, et avec elle de l’idée moderne de démocratie, la question de la laïcité réalise de nos jours son grand retour sur le devant de la scène publique. Son actualisation régulière depuis la naissance du régime républicain jusqu’à l’acmé de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, se voyant périodiquement attisée par la dispute entre les catholiques et les anticléricaux. Aujourd’hui les circonstances de la discussion de ce principe sont radicalement nouvelles, dans la mesure où ce sont d’autres religions qui se proposent de tester l’équilibre patiemment défini au fil des trois derniers siècles. 

Or il est en prémice une évidence pourtant souvent oubliée: la laïcité —comme par ailleurs la liberté, l’égalité ou encore la fraternité— est une notion profondément chrétienne⁠1, et n’a émergé historiquement que de cette religion singulièrement unique dans son message. L’évangile de Luc 20:25 sème la notion puissante de séparation du temporel et du spirituel de la parole du christ, qui germera pleinement près de vingt siècles plus tard, tout en offrant par exemple aux rois de France (dont nombre furent paradoxalement excommuniés) la latitude d’un pouvoir temporel qu’ils ne dédaignèrent jamais d’exercer. Saint-Pierre, lui, intime aux croyants: « Honorez le roi, et craignez Dieu ».  À la fin du Ve siècle, le pape Gélase renforce cette idée. L’empereur byzantin ayant pris certaines initiatives dans une querelle doctrinale, le pape lui fait savoir que chacun doit rester à sa place : « Il y a deux choses, ô Auguste empereur, par lesquelles le monde est principalement régi : l’autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal. […] Le Christ a distingué la tâche de chacun des deux pouvoirs, par leurs opérations propres et par des titres distincts.  ». Ce texte est écrit l’année même du baptême de Clovis à Reims par l’évêque Saint-Rémi, qui marque le début de la France chrétienne. De fait, si le catholicisme porte en son sein l’idée même qui le limite, c’est-à-dire la laïcité, c’est une propriété singulière de la chrétienté⁠2, qui n’est retrouvée dans aucune autre religion, quelles que soient par ailleurs leurs caractéristiques —par exemple les profondes valeurs de tolérance du bouddhisme—. L’on chercherait en vain l’exemple d’un autre culte, y compris dans une une zone géographique différente, qui soit parvenu à réaliser à la fois la séparation de l’église et de l’état, et organiser dans le même temps la possibilité de la coexistence pacifique de multiples communautés religieuses de taille parfois équivalente, comme celle du libre choix de sa croyance pour chaque individu appartenant par la naissance à ces communautés. 

Mais qu’est-ce que la laïcité? La laïcité est une notion autant qu’un leg historique, qui peut se résumer en deux idées majeures. La première est la séparation stricte de l’église et de l’état, du temporel et du spirituel, du trône et de l’autel, du glaive et du goupillon, la seconde le respect indéfectible de la liberté privée des consciences vis-à-vis de la spiritualité, et donc la protection par l’état de l’exercice individuel et privé du culte. Liberté de conscience qui consiste en un refus de l’injonction religieuse du compelle intrare (faites les entrer de force dans l’Église). L’idée de laïcité porte en elle la nécessité d’un état agnostique, dont l’autorité surplombe, permet et autorise les croyances en limitant systématiquement leur emprise sur la sphère publique. Popularisée à partir du souffle cartésien et des réflexions philosophiques du XVIIIe siècle —qui se nomme précisément siècle des Lumières en opposition aux ténèbres religieuses—, l’idée de laïcité a été longtemps et profondément débattue, dans ses excès (que ce soit la contrainte à rejeter tout culte religieux, et en particulier, historiquement en France, à anéantir le catholicisme) comme dans ses lacunes (position de l’État quant à l’exercice de la religion dans l’espace public). Entre ces deux pôles que constituent l’interdiction institutionnellement imposée de croire et de pratiquer son culte d’une part, et l’absence de toute organisation des manifestations de la croyance dans l’espace public —qui laisse les cultes s’affronter entre eux et avec le principe républicain— de l’autre —soit l’interdiction de croire d’un côté, la guerre des religions entre elles et avec l’État de l’autre—, la notion de laïcité à la Française s’est précisée et finement définie au fil des siècles, de façon à respecter un principe: celui de la liberté de culte dans la sphère privée, garantie par un état tolérant.

L’équilibre atteint par des siècles de débat parlementaire a ceci d’extraordinaire qu’il s’inscrit dans la grande tradition de l’universalisme à la Française. S’il s’est patiemment clarifié et affiné dans l’affrontement sans concession entre les athées anticléricaux et les catholiques, il est aujourd’hui suffisamment souple, cohérent et universel pour organiser la coexistence inattendue il y a encore un siècle de cultes antérieurement inconnus en France, qui testent aujourd’hui ses limites —qui sont également celles de la République. Encore faudrait-il que le débat portât précisément sur les termes de la laïcité à la Française en se référant à l’évolution historique de son élaboration, au lieu de se laisser entraîner sur des notions qui ont déjà été pensées et réfutées par le peuple français et ses parlementaires, ou de se laisser attirer par le tropisme anglo-saxon et protestant du sécularisme, et au delà du communautarisme. Rien n’est jamais acquis dans l’histoire humaine, et tout est perpétuellement à refaire.

Le fait religieux résiste a toute tentative de le réduire. Comme le montrent une multitude de travaux, et particulièrement ceux de Rudolf Otto, Sigmund Freud ou encore Mircea Eliade, l’existence profane ne se rencontre jamais à l’état pur: c’est une réalité anthropologique. Comme le souligne Eliade, « l’homme qui a opté pour une vie profane ne réussit pas à abolir totalement le fait religieux ». Si même chez le profane, l’athée, la soif spirituelle est toujours présente, l’on peut comprendre qu’elle se révèle comme un des ressorts profonds de l’identité et de l’unité des peuples, ce que peine à faire toute idéologie ou utopie qui tenterait de se tenir éloignée de l’aspiration spirituelle. Même les grands totalitarismes et l’on pense par exemple au communisme, farouchement anticlérical, ont fini par revêtir eux-mêmes une dimension religieuse de substitution, le message idéologique venant supplanter le message messianique, pour mieux s’emparer de la puissance du rite et de la croyance. Le mot de culte utilisé pour caractériser certains traits de ces totalitarismes n’est pas choisi au hasard. Dans ce contexte, et si même les mouvements tentant de se dégager du fait religieux non seulement n’y parviennent pas⁠3, mais sont même condamnés à s’en imprégner eux-mêmes afin de survivre et se propager, l’on peut comprendre que les religions traditionnelles bousculent aujourd’hui les limites que leur fixe la règle républicaine. C’est le cas en France, mais c’est le cas plus généralement dans le monde. 

La grande distinction du débat idéologique actuel se fait cependant entre deux modèles. Le modèle de laïcité français, qui refuse catégoriquement l’irruption du prosélytisme religieux dans la sphère publique, et pose la neutralité de l’état (la République elle-même est laïque), et le modèle anglo-saxon, qui au sein d’une république en réalité non laïque selon l’acception française du terme (la reine d’Angleterre est le chef de l’Église anglicane, le luthéranisme est religion d’état au Danemark, le président américain prête serment sur la bible…), acceptent et organisent la coexistence du prosélytisme dans l’espace public. Au delà, le modèle français est garanti par l’engagement de la puissance de l’état, l’anglo-saxon repose au contraire sur le recours le plus minimal possible à celle-ci. L’on voit d’emblée que le modèle anglo-saxon, si cher à tous ceux qui aimeraient faire progresser le système français vers une autorisation du prosélytisme dans l’espace public est d’emblée biaisé, en ce sens qu’il repose sur un non-dit, la prééminence d’une religion sur les autres: la religion chrétienne (les dollars portent le slogan « in God we trust »). Ce qu’oublient les tenants de ce type d’organisation, c’est que le fonctionnement anglo-saxon ne peut se concevoir qu’ainsi: l’inclination naturelle de la reconnaissance du prosélytisme dans la sphère publique tend à permettre l’émergence d’une religion prééminente, ou, en corollaire, n’est possible qu’au sein d’institutions qui reconnaissent ex ante, qu’elles le fassent de façon officieuse ou officielle, la prééminence d’une religion sur les autres. Le choix français est radicalement différent dans sa conception, et apparaît beaucoup plus équitable pour toutes les religions, et de ce fait à la fois plus acceptable et plus pérenne. C’est également le choix le plus exigeant, celui requérant le plus grand courage politique. Si la chrétienté est indéniablement la religion historique de la France et de l’Europe, et si c’est elle qui a permis d’établir le principe de laïcité en premier lieu —dans la mesure où c’est la seule religion explicitement compatible avec ce principe—, l’organisation de la laïcité, et donc de la neutralité de l’état, place de fait toutes les religions sur un pied d’égalité. Elles sont toutes protégées au même titre, et aucune n’acquiert une importance particulière de par sa reconnaissance institutionnelle privilégiée aux dépens des autres —excluons cependant de ce privilège la reconnaissance historique: tout peuple s’inscrit dans une Histoire dont il est à la fois impossible et dangeureux de ne pas tenir compte—.

Si l’on pouvait à juste titre imaginer que les problématiques religieuses devraient être minimes dans un pays laïque depuis deux siècles et dont la majorité de la population est athée ou non-pratiquante, la réalité est autre, et correspond à l’irruption permanente et obstinée de la volonté de minorités décidées à promouvoir leur agenda en occupant le débat public, aidées en cela par la caisse de résonnance que forment les médias. Et ces problématiques ne sont pas à sous-estimer. L’Histoire montre qu’elle est le plus souvent écrite par des minorités radicales. Il existe par ailleurs une autre raison au réveil des spiritualités: l’idéologie libérale-libertaire impose un projet de société qui se trouve souvent profondément orthogonal aux croyances transpartisanes des différentes religions (du livre en particulier). En bouleversant les modèles ancestraux de la famille, en dénouant les solidarités, en glorifiant l’individualisme, la société temporelle ouvre autant de contentieux avec la société spirituelle. Si le but de la laïcité est précisément de s’affranchir de la loi religieuse pour permettre aux hommes de réfléchir sans préjugés à établir dans le royaume temporel de la République une loi qui soit bénéfique pour tous et parfois différente et meilleure que celle du royaume des cieux, écarter ou disqualifier systématiquement et a priori les propositions formulées par les religions, ne pas entendre le message qu’elles adressent aux hommes du fond des siècles, peut parfois devenir une autre façon de détourner la laïcité de ses prémisses, et ainsi favoriser sa contestation.

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1 Francesco Brancaccio, « La laïcité, une notion chrétienne », éditions du Cerf.

2 Jean-Louis Harouel, Le vrai génie du christianisme. Laïcité – Liberté – Développement, Jean-Cyrille Godefroy, Paris, 2012.

À l’égard des plus anciennes racines chrétiennes de la laïcité, se référer également à la perspective envisagée par Roland Minnerath, « La laïcité, une idée chrétienne », in Joël-Benoît d’Onorio, La religion dans la République laïque: actes du XVe colloque national de la Confédération des juristes catholiques de France, Paris, 1999.

Voir également Jean Étèvenaux, L’Église et l’état. La grande histoire de la laïcité, Saint-Léger, Chouzé sur Loire, 2012, p220-222.

3 Au mieux, ils le remplacent par une croyance en eux-mêmes.

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Histoire de la laïcité en France

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